lundi 2 novembre 2009

Un message de Pierre Bérard

J'ai reçu un message de Pierre Bérard. Je dois vous avouer une certaine émotion. Je lui ai répondu comme je l'ai pu, en espérant n'avoir trahi personne parmi ces quelques uns qui ont mordu dans cette affaire.

Pour des raisons professionnelles, ce blog va devoir ralentir.

Bonne soirée à tous.
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De : Pierre Bérard

Cher Pierre Robes Roule,

Vous voyez, poussé par une certaine dose d'innocence, je présume tellement de votre vivante matérialité que je me permets de vous écrire.
Vos supputations débordantes d'humour concernant mon identité, voire même, ma problématique existence, m'ont beaucoup amusé. Je suis néanmoins obligé de vous décevoir : Je ne suis ni un refuge des Alpes (peut-être que je ne vois pas les choses d'assez haut), ni un peintre en cuisine (bien que tout ce qui mijote dans votre Grande Marmite soit propre à rendre l'appétit à l'anorexique le plus enragé), ni même l'ombre pseudonymique de mon ami Alain de Benoist.
En effet, et je vous le confirme sans vanité excessive, j'existe bel et bien. J'habite Strasbourg où j'ai enseigné jusqu'à l'année dernière l'histoire et la sociologie et j'ai été, en 1968, l'un des fondateurs du GRECE, ce qui ne me rajeunit pas, vous en conviendrez. Sous mon nom, je continue d'écrire dans "Éléments" (par exemple un article sur les impasses de la rébellion dans le numéro de cet été), mais j'utilise ailleurs aussi quelques pseudonymes... Voilà pour mon pedigree.
J'ai connu Julien Freund en 1978, en Alsace, et suis devenu, sur le tard, l'un de ses élèves avant que des liens d'amitié ne se tissent entre nous. Freund était, vous le savez, un authentique penseur (il faut lire son Essence du politique). C'était aussi un maître d'ironie et une personnalité combative et généreuse. Jamais il n'hésitait à se rendre dans les petits cercles d'étudiants. Il y distribuait son savoir et ses analyses sans pontifier le moins du monde. C'était aussi un compagnon de table plein de gouaille, d'où l'idée de composer ce texte sur le déroulé d'un repas de fiction. Ce texte est paru dans le "liber amicorum" offert à Alain de Benoist pour ses soixante ans et figure depuis quelque temps dans les archives du site GRECE. Il me semble que le premier site extérieur qui en ait fait mention est celui du Parti de l'In-nocence de Renaud Camus.
Au hasard d'une déambulation dans la "réacosphère" j'en ai découvert l'autre jours quelques extraits sur le site du jeune Hank que je découvrais par la même occasion. J'ai apprécié son style aussi bien que son fond d'où mes quelques mots d'encouragement. Comme vous le notez vous même dans votre "je crois que... " nous avons, de Benoist, moi même et quelques autres, le souci de la transmission. Revenant aujourd'hui sur "Festivhank", je me rends compte que l'on s'interroge à mon sujet. C'est ce qui m'amène naturellement vers "Max-la-terreur" et donc vers vous puisque "Festivhank" ne semble pas disposer d'une adresse privée.
Le mystère est ainsi clos, ce qui, je m'en rends compte, me déleste de la part d'ombre dont vous aviez bien voulu me revêtir.
Bien à vous et à vos amis

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Ma réponse

Cher Monsieur Bérard,

Je dois vous avouer que c'est avec un immense plaisir que je viens de lire votre message. Je me réjouis que vous preniez cette "petite" affaire avec du recul et je crois l'avoir deviné, avec beaucoup d'humour. Néanmoins, étant d'un naturel un peu joueur, je dois vous avouer aussi que j'espérais de la sorte provoquer votre "sortie". Je suis donc doublement heureux de ne pas avoir eu raison !

Peut être avez vous constaté que votre conversation avec Julien Freund, ce fameux repas dans ce fameux texte, a eu un grand succès auprès de cette petite "communauté" dite de la "réacosphère", regroupant des lecteurs de vous même, d'Alain de Benoist, de Muray, de Freund et de quelques autres sûrement trop peu nombreux car le talent est rare comme le vrai esprit critique et une certaine hauteur de vue. Dans cet univers aride du politiquement correct, de la pensée pesante qui ne parle qu'à elle-même, cette aboulie de l'esprit, votre texte nous a fait le même effet qu'un verre bien frais du meilleur vin d'Alsace en pleine chaleur estivale. Je devine que cette image vous conviendra.

Pourquoi votre texte a eu cet impact auprès de ces quelques uns qui ne cessent de vouloir le faire lire et, avec le plus grand optimiste ou la plus grande inconscience, le faire comprendre ? Ce mystère, s'il y en a un, vous appartient. Je crois que ces quelques uns s'en contenteront.

Pierre Bérard existe bel et bien. C'est une sacrée bonne nouvelle ! Nous pourrons même le constater plus souvent en nous abonnant à la revue Éléments, ce que je ferais pour ma part, je vous l'assure.

Je prends l'initiative de mettre sur mon blog votre message et ma réponse en prenant soin de camoufler votre adresse électronique.
Je prends ce risque car je sens que cette initiative ne vous choquera pas. Cet hommage car c'est un, reste tout à fait dans les limites de la pudeur. Je crois pouvoir même écrire que cette dernière phrase n'est pas de moi mais bien de ces quelques uns de la réacosphère.

Enfin, je suis dans l'obligation, par honnêteté, de vous avouer que Pierre Robes-Roule n'existe pas vraiment. Un comble !

Très respectueusement.

Pierre Robes-Roule

dimanche 1 novembre 2009

Hank .... comme une encyclique

Il est préférable de la lire, ici.
Credo !

Notre lâcheté en vidéo.

samedi 31 octobre 2009

Lisez la Pravda !

"The British secret service now regards the middle class as potentially revolutionary and the most dangerous to the existing order"
donc les classes moyennes sont perçues comme potentiellement révolutionnaires et les plus menaçantes pour l'Ordre, d'après les Services Secrets de Sa Majesté. C'est la Pravad (*) qui le dit, ici, via le blog de lachute.over-blog.com qui est toujours aussi catastrophiste mais toujours aussi dans le vrai à mon avis. Lire la Pravda ? et alors, je lis bien Bernanos et peut être la Bible bientôt, par contre je ne sais pas si ça sera avant ou après "le manuel de survie en temps de guérilla". Le propre des révolutions - qui ne sont jamais des grands soirs mais des aubes sanguinaires - est qu'on ne les voit pas vraiment venir. On se focalise sur un ou deux trucs, une reine, un roi, du pain et ensuite c'est l'ensemble qui implose.

(*) oui la Pravda existe toujours, faut-il s'en inquiéter ou s'émerveiller ?

vendredi 30 octobre 2009

Je crois que Pierre Bérard est Alain de Benoist

(suite de Pierre Bérard n'existe pas, il est peintre en cuisine )

Attn : billet incompréhensible en dehors de la réacophère

Alain de Benoist a souvent utilisé des pseudonymes.
Peut être par jeu littéraire mais pas seulement je crois.

Sur le site du Grece et ailleurs, je n'ai trouvé que 2 textes de Pierre Bérard. LE texte de conversation avec Julien Freund et un texte sur Muray, intitulé le trouble fête. Rien d'autre via google. Pourquoi un pseudo pour écrire cette conversation ? Je pense à deux raisons.

La première est une forme de protection. On sait à quel point Alain de Benoist a pu être littéralement agressé et traité de tous les noms par le camp du Bien : une affaire Renaud Camus en pire et en plus longue ! Elisabeth Lévy le développe très bien dans son "Les Maîtres censeurs". Alain de Benoist (ADB) lui même dans ses articles (les "C'est à dire" notamment) décrit cette embuscade très franco-française. Le bouquin d' E.Lévy raconte toute une guerre d'embuscades ! Alors j'imagine que pour ne pas prêter le flanc et toujours avec le même souci de pédagogie et de volonté de diffusion aux plus grands nombres, ADB a utilisé ce pseudo pour s'exclure un peu du propos mais pas totalement. Dans l'ombre, ADB est rappelé dans la conversation. Bien joué et bien vu ! Et puis, il y a ce message sur le site de Hank. Un message avec un petit coté professoral, paternaliste à la limite. Je crois savoir que Hank est jeune (c'est pas une insulte Hank !), que Pierre Bérard (enfin plutôt qui vous savez maintenant) l'a deviné. Son message est un encouragement. J'aime le croire. J'aime cette idée. ADB est d'abord un formidable curieux et pédagogue.

La deuxième raison est d'ordre littéraire et (donc) affective. ADB écrit des essais, des thèses. Là, il nous romance un peu des conversations effectives, réelles et une relation - une filiation intellectuelle - qui a existé, qui n'est plus mais qui mérite de l'être encore. Le roman même pour une simple conversation lors d'un déjeuner, a cette puissance d'évocation formidable ! Bien vu, bien joué ! Notez comme on suit en même temps le repas et les paroles.

Je crois que Pierre Bérard est Alain de Benoist. Rien de grave. Mais entendons nous bien, Pierre Bérard existe car il a écrit ce texte. Il existe car je veux qu'il existe. Peut être que cette histoire que je vous raconte est un grand n'importe quoi. Et bien non, enfin oui, Pierre Bérard n'existe pas car je veux que cela soit Alain de Benoist qui ait écrit ce texte.

Voilà, je suis très content de moi pour tout vous dire. Bien sur que j'aimerais en être certain, avoir une preuve mais on ne va pas en faire tout un fromage.

A propos de fromage, Pierre Bérard, Julien Freund et Alain de Benoist ont pris du fromage. Du Munster. J'adore le Munster.

Pierre Bérard n'existe pas, il est peintre en cuisine

Ça a été comme un petit moment d'humanité. Au départ, comme d'habitude, il y a le Verbe. Le Verbe n'a pas besoin de feu, d'eau, d'air, de terre. Le Verbe n'a besoin de rien. Qui prononce le Verbe ? Le Verbe lui-même, c'est à dire l'Esprit. Donc au départ, il y a ce texte. Et voilà que ce texte, par une obscure manœuvre parfaitement involontaire (je crois qu'hoplite est le gaffeur de départ (*) ), circule. Et voilà que ce texte plaît. Alors il circule plus vite et plus loin. Oh non, il ne parcours pas le vaste monde, il se limite à visiter ces quelques-uns qui dans la Grande Marmite, s'accrochent au rebord tant qu'ils le peuvent parce qu'ils savent que s'ils tombent vraiment dedans, ils seront mangés par l'Ogre, le Monde Moderne. Beaucoup, la Masse en fait, prennent la Grosse Marmite pour une Grosse Caisse de Résonance. C'est vrai qu'il y a un boucan la-dedans ! Mais ces quelque uns, accrochés tant bien que mal au rebord, savent que c'est bien une Grosse Marmite. La sauce est au fond, ça mijote. L'Ogre finira sûrement par manger tout ça.

Pourquoi ce texte plaît ? C'est à dire il plaît mais comment, comme quoi ? Sur ce point j'hésite. Il ne plaît pas comme un tour de magie. Ah ça non ! Pas d'occultisme s'il vous plait. Laissons ça aux masses dans la marmite, laissons les mijoter dans leurs recettes, enfin ce qu'ils croient être leurs recettes, chacun la sienne, en fait c'est LA recette de l'Ogre mais ils ne le savent pas. La grande cuisine a bien quelque chose de magique, d'occulte. Même avec le livre de cuisine sous les yeux, on n'y arrive pas. Donc les grand chefs ont quelque chose en plus, une magie. Je dis qu'il ne plaît pas comme un tour de magie mais je veux dire qu'il ne devrait pas plaire comme un tour de magie, c'est à dire qu'il plait un peu pour ça. Un peu de magie et un peu de cuisine. D'ailleurs, l'auteur du texte, le Chef Pierre Bérard, nous raconte bien un repas entre lui-même et Julien Freund. Il y a bien de la cuisine donc un peu de magie, d'occultisme mais c'est seulement pour donner du goût, pas du sens, La cuisine n'a pas de sens. Elle a du gout pour NOS sens.

Donc il y a un peu de magie mais cette magie est un charme. Car nous, ces quelques uns, sommes charmés par ce texte. Un peu d'envoutement, celui provoqué par (et pour) une belle femme, pas l'envoutement d'une vieille sorcière ! Attention aux Circé et aux Callypso, les vraies Charibde et Scylla ! Le texte est beau. Il a des belles formes. Ça se voit. Toujours NOS sens, il y avait le gout et il y a aussi la vision. Car ce texte voit loin et nous avec lui. Les meilleurs plats se mangent, parait-il, d'abord avec les yeux. Le texte est aussi un tableau. Mais j'hésite entre une belle Nature morte et une plantureuse Diane Chasseresse !

Il y a aussi un peu d'une résolution d'équation dans ce texte. Comme une magnifique démonstration. "Tout corps plongé ....", Euréka, Archimède. Archi évident, parce que "vachement bien" n'est pas pour ces quelques uns.

Ou alors peut être un portrait robot. "Mon Dieu mais c'est bien sur, c'est lui l'assassin". Tous témoins du crime, ces quelques uns peinaient à le décrire. Alors Pierre Bérard, dessinateur attaché à la Police judiciaire, en free-lance bien sûr, en a dessiné le portrait robot. Et voilà nos quelques uns de s'écrier "c'est lui, c'est lui, Ecce Mondo".

Sauf que Pierre Bérard n'existe pas. Il n'existe pas, pas plus que le tableau du Comité de Salut Public que Pierre Michon dans "les Onze" nous décrit, nous raconte, nous historise. Pourtant lors de ma prochaine visite à Paris, la semaine prochaine !, et bien j'irai au Louvre pour ne pas voir ce tableau. Et je émerveillerai.

Et bien non Pierre Bérard n'existe pas. Il est bien vivant mais il n'est pas Pierre Bérard. Ce n'est pas un masque pour se camoufler, c'est juste un nom d'emprunt, un nom de peintre, un nom d'artiste, un nom refuge et tout ça n'est pas bien grave, au contraire, c'est une douce blague. Continuons à nous accrocher au bord de la Grande Marmite. Rions mais ne tombons pas.

Au fond de la Grande Marmite, les Masses débattent : "Nous sommes dans le cours-bouillon" disent les uns, "Mais non, c'est de la soupe de légumes !" répondent les autres, "Hérésie, c'est un roti !" entend-on au fond. Un boucan que cette marmite ! Chacun y va de sa recette et plus personne n'entend le bruit de fond, ça mijote, ça se mettrait à bouillir, ça cuit. Il y aura bien une voix pour crier : "C'est bon, à table, on mange !". Personne ne reconnaitra la voix de l'Ogre. Il est même possible qu'alors tous s'écrient d'un même cœur : "Peu importe la recette, mangez nous !".

Pierre Bérard n'existe pas et j'ai écrit ce billet dans le calme, avec un petit sourire, benoîtement quoi !

J'ai faim. Et vous, les hoplite, hank, Michel Brice, Yanka, ....... ?

(*) une gaffe sert "aussi" à faire avancer sa barque, un gaffeur est donc aussi un rameur, rôle qu'hoplite ne refusera pas. Je me demande seulement si son armure ne le gênerait pas un peu. Cette image de la gaffe est de Bernanos dans La Liberté pour quoi faire ?

jeudi 29 octobre 2009

Avis de décès : Et l'identité du mort ?

A ma connaissance, dans la vie réelle, la vraie vie vraie, celle qui nous casse les bonbons tous les jours, il n'y a que deux cas où se pose la question de l'identité. L'amnésie brutale ou le cadavre déjà en décomposition, à la morgue, département médecine légale et judiciaire : c'est qui ce mort (c'est à dire qui était ce vivant) ? Notons que les deux cas se rejoignent dans le seul second puisque la mort est aussi une amnésie brutale. L'inverse n'est pas vrai.

Je me souviens des tests idiots que je faisais parfois à mes ex-collègues (tout aussi idiots je dois l'avouer). Par exemple : si vous deviez choisir entre être cocu ou chômeur (à l'époque la situation économique n'était pas rose même pour les d'jeunes diplômés). Chômeur, chômeur, chômeur : la préférence à l'unanimité. Un jour, je m'étonnais de sa réponse auprès d'un jeune et fringant cadre, je lui dis ainsi : "cocu est transitoire, on peut volontairement abrégé le problème en larguant sa copine, tandis que chômeur c'est peut être plus délicat". Sa réponse fusa avec une bien étrange spontanéité pour un jeune marié : "ah ben, ça se voit que c'est pas toi qui est cocu !". Je décidai de changer de question : si vous deviez perdre soit la mémoire de tous vos souvenirs intimes soit une main, celle que vous voulez ? Par exemple vous conservez la mémoire de votre code de carte de crédit mais vous oubliez votre première nuit de sexe et/ou d'amour ou alors vous perdez votre main sans aucune souffrance. Mémoire, mémoire, mémoire : la préférence à l'unanimité. Je n'en étais même pas surpris.

Tout ça pour vous dire que le débat sur l'Identité national est un avis de décès sauf qu'on ne sait plus trop qui était le mort (c'est à dire qui avait été ce vivant).

Le petit Monsieur Besson est un croque-mort qui déterrerait les cadavres pour piquer les dents en or.

"Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts" Philippe Muray.

mercredi 28 octobre 2009

Ressortez ce Pétain qui cache la forêt

"Je fais don de ma personne à la France". C'est par ces mots, je crois, que Philippe Pétain, maréchal de son triste état, annonçait la couleur. Des paroles christiques ! Jeanne D'Arc réincarnée en "vieillard un peu dépassé mais magnifique" (dixit François Mitterrand). Transgenre, transgénération ! Faillait le faire. Faut dire que le vieux Maurras, sorte de directeur de la conscience nationale du moment (*) - l'identité de l'époque en quelque sorte - avait largement contribué à fabriquer le mythe de l'une comme de l'autre. En fabriquant l'une, il préparait l'autre. Le Général de Gaulle avait bien pris soin d'expédier ce maréchal et sa dépouille - les deux dans la même personne - loin sur l'Ile d'Yeu, à l'abri des regards. Raté. Le lieu ne s'y prêtait pas, ce patronyme impliquait la focalisation. Le seul cas de myopie du Général ? Alors on focalise et, mieux, certains vocalisent.

"Je fais don de ma personne à la France". Et bien, ce vieux grincheux à moustache a bien réussi son coup. Plus que jamais, ce don encombrant mais uniquement pour ceux qui veulent lui donner une valeur d'héritage, reste curieusement très utile à une certaine classe de ménagères médiatiques de plus de 50 ans. Pétain est bien ce vieux balai qu'ils ressortent à chaque fois pour regrouper la poussière chez les autres donc pour ne pas avoir à balayer devant sa porte.

Qui est Pétain ? Je ne vais pas écrire une thèse sur lui. Reportez vous à l'excellent "Pétain" de Marc Ferro. Vieillard déjà en gâteux en 40, il est ce Papy Brossard plein de ressentiment. Il n'a pas eu sa place sur le podium des vainqueurs de 14. Clémenceau, Foch, Poincarré. Il n'y avait plus de place. Le Père, le fils et le Saint-Esprit étaient déjà désignés. Tous morts en 40, PéPé reste seul sur la file d'attente. Séance de rattrapage. Enfin seul a-t-il pensé. Pour beaucoup (dont un de mes aïeuls gazé à Verdun) il est ce bonhomme qui avait su prendre soin d'eux, tant bien même au détriment d'un certain courage contre le bôche comme le notaient Clémenceau et Poincarré. Il n'y avait que nos grand-pères pour dire de vive voix le soulagement de quitter Nivelle pour trouver Pétain. La grande boucherie a laissé des marques, des plaies ouvertes jusqu'en 40. Qui est Pétain ? Sur le plan politique, il n'est rien. Le peu qu'il en sait, il l'a appris en Espagne auprès de Franco comme ambassadeur de France. Un professeur pas vraiment neutre. Qui est Pétain ? En 40, il est celui sur lequel tout le monde (ou presque) se tourne pour filer des pleins pouvoirs maintenant bien trop encombrants : la défaite, quelle défaite ? Responsables pas coupables comme d'habitude. "Enfin seul" devait penser ce Pétain là alors qu'au même moment, un simple Général avec ses valises en carton, devait se penser beaucoup trop seul, à Londres.

Une idéologie pétainiste ! Ah bon ? Laquelle ? La terre qui ne ment pas ? Interrogez votre jardin pour constater que c'est vrai, aussi vrai qu'on a jamais entendu un muet dire que 2 et 2 font 5. Ah oui, j'oubliais le travail-famille-patrie. Le travail en ces temps de chômage vous n'y pensez pas. Le travail en plus pour gagner plus ? Beurk. La famille ? Quoi ! Cette famille même pas recomposée ! Beurk. La Patrie ! Ah non au secours ! Pas ça, le nationalisme c'est la guerre. Tant pis si à Stalingrad ce n'était pas pour la moustache de Staline ou la gloire du socialisme qu'ils mourraient, mais bien pour la Sainte Russie, la Terre, la Patrie. "Mes Frères, Mes Soeurs" avait dit le Joseph à la radio. Plus de camarades, oubliez les camarades ! Il y avait le feu à la Patrie, c'est bien les frères et les sœurs de sang qu'on appelait à la rescousse. Idéologie pétainiste ? Non, un culte, le sien du sien.

Un alibi pétainiste ? Ah oui. Pratique pour ne pas parler de Laval, membre de SFIO, quel courant dans le PS actuel ?, il ferait trop tâche aujourd'hui. Doriot, fasciste français, collabo jusqu'au bout puisque jusqu'à sa mort en Allemagne. Ah le salaud ! Oui mais ancien membre du PCF et maire de Saint-Denis. C'est plus une tâche c'est une marque de fabrique. Et puis Déat ancien de la SFIO, lui aussi. La liste n'est pas mal, suffisamment longue. Loin de moi de juger ces hommes, ça ne m'appartient pas. Mais écoutez les discours de Doriot sur l'Europe, c'est du Maastricht avant l'heure, du Jean Monnet en plus violent. La majorité est morte dans leurs combats. Comment ressortir Laval de son placard ? Impossible, respect pour les fusillés quand même ! Tandis que Pétain, lui, coulera définitivement son naufrage de vieillesse sur l'Ile d'Yeu. Impardonnable. Pratique pour ne pas regarder la défaite de 40. Pas de Mai 40, pas de visite à Montoire. Trop dur à avaler. Marc Bloch ? Ah oui un héros, un résistant, sûrement de gôche non ? Ah bon il a écrit quelque chose sur la défaite (**) ? De Gaulle aurait du flinguer le Pépé, tant pis pour Verdun, il serait devenu un héros post-mortem de cette faucherie, 30 ans après.

Oh que oui qu'il est pratique le Pétain, ce vieux macaron gâteux, pour cacher l'arbre de la forêt. On ne se posera pas beaucoup de questions à gôche. Laval, Doriot, Déat et tant d'autres, pétainistes ! On simplifiera à outrance, un seul sac pour tout le monde, on ne veut voir qu'une tête, on prendra celle du plus vieux. Pépé a une bonne bouille, allons-y pour Pétain. Pétainistes la France, Pétainistes les français de souche. Puisqu'on vous le dit, l'Histoire ne ment, on omet c'est tout, enfin on homaitise.

"Je fais don de ma personne à la France". S'il savait ce vieux coucou à quel point c'est encore vrai aujourd'hui, à quel point, certains esprits du camp du Bien ont le don de le ressortir de son caveau pour l'agiter comme le cadavre de la bête immonde. Le pire ? Ça marche encore.

Pétain est un ectoplasme généré par la honte, un fantasme qui cache l'irritation. La sorcier sur le balai qu'on n'utilise sur le palier du camp d'en face. Un fantôme. Et comme tous les fantômes, des adultes s'en servent pour faire peur aux enfants.

"Je fais don de ma personne à la France". Ah oui, vieux sagouin, t'as bien réussi ton coup !

"Je fais le don de ma personne à la France". Ah oui, elles sont choquées nos belles âmes. C'est le don qui choque pour nos moulins à vent (***).


(*) très bon texte d'Alain de Benoist pour expliquer le phénomène Maurras
(**) si vous n'avez pas lu "L'étrange défaite" tant pis pour vous. Faites un effort, je vous prie
(***) j'ai pas pu résister. Je me damnerai pour un bon mot (ou une belle femme).