C'est une ruine. J'ai déjà prévenu les héritiers qu'ils finiront par se prendre un arrêté préfectoral de destruction, à leurs charges ! Mais quoi, il est toujours difficile de se séparer d'un souvenir surtout s'il fait 100 mètres carrés et deux étages. C'est une ruine curieuse, la porte d'entrée est en PVC, de même que chaque fenêtre qui dispose, en plus, d'un volet électrique. Le circuit électrique a été rajouté. Ça fait bizarre ces interrupteurs flambant neufs avec des fusibles en bois. La dernière propriétaire, maintenant il n'y a plus que des héritiers encombrés, pensait y passer quelques uns de ces vieux jours. C'est elle qui a fait installer ces volets électriques. L'ensemble des travaux devait bien valoir deux ou trois fois la valeur de l'immobilier. Sur ses vieux jours, on perd toujours un peu la raison. Quel est l'idiot qui a dit que la passion était affaire de jeunesse ? Mais des vieux jours, elle n'en eut pas assez. La ruine restera ruine, avec volets électriques. Un certain style.
Je sens bien que le plancher penche légèrement, que le mur sud-ouest, celui qui se prend les grandes averses océaniques de l'hiver breton, gonfle - c'est du torchis - et qu'il souhaite reprendre son indépendance de mur en s'écartant doucement de son cousin plancher et de ses frères pignons. Le toit tient la route avec une certaine hauteur de vue. C'est étrange sauf pour les ruines. Il y a dans le grenier un squelette de pigeon. Pas de souris, plus d'araignées. C'est beaucoup trop humide. Sous l'armoire, un piège à souris tendu depuis des lustres. Je l'ai déclenché. En parfait état de marche ! Et le clou censé s'enfoncer dans le cou de la petite souris, est bien aiguisé. Je donne un an à l'escalier avant de se séparer du mur qui gonfle. Cette maison est une civilisation moderne. Tout part et n'importe comment. Après, le Préfet ou le Maire interviendront. A moins que les tempêtes de décembre soient plus rapides.
Je sens bien que le plancher penche légèrement, que le mur sud-ouest, celui qui se prend les grandes averses océaniques de l'hiver breton, gonfle - c'est du torchis - et qu'il souhaite reprendre son indépendance de mur en s'écartant doucement de son cousin plancher et de ses frères pignons. Le toit tient la route avec une certaine hauteur de vue. C'est étrange sauf pour les ruines. Il y a dans le grenier un squelette de pigeon. Pas de souris, plus d'araignées. C'est beaucoup trop humide. Sous l'armoire, un piège à souris tendu depuis des lustres. Je l'ai déclenché. En parfait état de marche ! Et le clou censé s'enfoncer dans le cou de la petite souris, est bien aiguisé. Je donne un an à l'escalier avant de se séparer du mur qui gonfle. Cette maison est une civilisation moderne. Tout part et n'importe comment. Après, le Préfet ou le Maire interviendront. A moins que les tempêtes de décembre soient plus rapides.
Il faut récupérer ce qui le mérite et qui soit - c'est la contrainte que j'impose - tout de même porteur d'une certaine utilité. Les armoires art-déco en chêne, faites main et signées au dos par le menuisier ? Topez-là, Belle-maman !
J'ai déjà ramené une armoire. Il fallait d'abord la démonter. Quel casse-tête au début ! Habitué à l'Ikea, je ne comprenait pas la logique de construction de ce mobilier. Et puis finalement, j'ai saisi l'idée de ce Monsieur Guillemot. Je peux lire ce nom sur la planche du fond. Avez-vous des meubles griffés ? J'en ai, c'est du Guillemot. Chêne, merisier, sapin. Du costaud. Ces armoires sont restées plusieurs décennies dans une maison sans chauffage. Elles se démontent et se remontent sans trop problème. Ce matin, je me suis occupé de la deuxième armoire. Même style mais pas exactement même époque. De dix ans plus jeune ? Elle me semble mieux finie. Monsieur Guillemot avait amélioré son art. Je l'ai démontée en cinq minutes et facilement rangée dans mon break Citroën C5. Mais il y avait un trésor.
Ce n'est pas de mon coté mais de celui de mon épouse. Elle m'a raconté deux et trois détails pour comprendre le mystère. Le beau-frère, A., était communiste. On ne rigole pas, il a été fusillé par les Nazis. Il a même été "officiellement" fusillé puisque son nom apparaît enfin au Mont-Valérien. La soeur était une catholique mélangeant foi, discipline, crainte du Seigneur et superstition. Elle s'appelait Marie. Bien sûr. Elle allait en cachette à la Messe pour éviter railleries et moqueries de certains autres, notamment de sa soeur - Marianne (sic!) - qui avait en quelque sorte renié l'Eglise. Nous sommes dans la Bretagne d'avant-guerre, de guerre et d'après. Ce n'est pas ma famille mais je devine les conflits, les chamailleries, pas très différentes de mon coté.
Ainsi ce matin, je démontais la deuxième armoire. Chaque étagère était recouverte de plusieurs couches de papiers - journaux pompidoliens, papiers cadeaux de Noël ou d'anniversaires. Sur la deuxième étagère, celle à hauteur de petite femme, je devinais des replis entre ces couches de papiers. Je découvrais un petit paquet d'images pieuses. Sont-elles naïves, innocentes ? Elles le pourraient sauf qu'elles avaient été cachées, camouflées, mises à l'abri. Rien d'innocent n'est jamais traité de la sorte. J'imaginais Marie feignant de ranger un pull, un gilet de laine, dans cette armoire, sur son étagère, pour abriter ses images, à elle, rien qu'à elle. Un acte de résistance dans un huis-clos familial.
L'image la plus camouflée et la plus protégée - dans du journal datant de la IV République ! - était celle d'un Pape qui a été particulièrement aimé. Un bon gros fils de paysans italiens, sans manière, une sorte de Don Camillo qui aurait réussi (ou échoué ?) jusqu'à Rome.
Pourquoi cette image avait-elle, visiblement, pour Marie B., plus de valeur que les autres ? Je ne le saurai jamais.
J'ai déjà ramené une armoire. Il fallait d'abord la démonter. Quel casse-tête au début ! Habitué à l'Ikea, je ne comprenait pas la logique de construction de ce mobilier. Et puis finalement, j'ai saisi l'idée de ce Monsieur Guillemot. Je peux lire ce nom sur la planche du fond. Avez-vous des meubles griffés ? J'en ai, c'est du Guillemot. Chêne, merisier, sapin. Du costaud. Ces armoires sont restées plusieurs décennies dans une maison sans chauffage. Elles se démontent et se remontent sans trop problème. Ce matin, je me suis occupé de la deuxième armoire. Même style mais pas exactement même époque. De dix ans plus jeune ? Elle me semble mieux finie. Monsieur Guillemot avait amélioré son art. Je l'ai démontée en cinq minutes et facilement rangée dans mon break Citroën C5. Mais il y avait un trésor.
Ce n'est pas de mon coté mais de celui de mon épouse. Elle m'a raconté deux et trois détails pour comprendre le mystère. Le beau-frère, A., était communiste. On ne rigole pas, il a été fusillé par les Nazis. Il a même été "officiellement" fusillé puisque son nom apparaît enfin au Mont-Valérien. La soeur était une catholique mélangeant foi, discipline, crainte du Seigneur et superstition. Elle s'appelait Marie. Bien sûr. Elle allait en cachette à la Messe pour éviter railleries et moqueries de certains autres, notamment de sa soeur - Marianne (sic!) - qui avait en quelque sorte renié l'Eglise. Nous sommes dans la Bretagne d'avant-guerre, de guerre et d'après. Ce n'est pas ma famille mais je devine les conflits, les chamailleries, pas très différentes de mon coté.
Ainsi ce matin, je démontais la deuxième armoire. Chaque étagère était recouverte de plusieurs couches de papiers - journaux pompidoliens, papiers cadeaux de Noël ou d'anniversaires. Sur la deuxième étagère, celle à hauteur de petite femme, je devinais des replis entre ces couches de papiers. Je découvrais un petit paquet d'images pieuses. Sont-elles naïves, innocentes ? Elles le pourraient sauf qu'elles avaient été cachées, camouflées, mises à l'abri. Rien d'innocent n'est jamais traité de la sorte. J'imaginais Marie feignant de ranger un pull, un gilet de laine, dans cette armoire, sur son étagère, pour abriter ses images, à elle, rien qu'à elle. Un acte de résistance dans un huis-clos familial.
L'image la plus camouflée et la plus protégée - dans du journal datant de la IV République ! - était celle d'un Pape qui a été particulièrement aimé. Un bon gros fils de paysans italiens, sans manière, une sorte de Don Camillo qui aurait réussi (ou échoué ?) jusqu'à Rome.
Pourquoi cette image avait-elle, visiblement, pour Marie B., plus de valeur que les autres ? Je ne le saurai jamais.

Je suis pour la propagation de ce texte !!!
RépondreSupprimerpropager ? Où ça ?
RépondreSupprimerPour tous renseignements s'adresser à Paris -
RépondreSupprimer5 rue Monsieur (7e)
Et bien j'ai vérifier sur les pages blanches. Maintenant il y a une association d'aide aux églises africaines !
RépondreSupprimervérifié !
RépondreSupprimerAssociation d'aide aux églises africaines afin qu'ils nous envoient des prêtres, sans doute !
RépondreSupprimerVous ne croyez pas si bien dire. La moitié des prêtres de l'Essonne viennent d'Afrique.
RépondreSupprimerFort heureusement, grâce à l'application du Motu Proprio (encore timide) on célèbre la messe selon le rit extraordinaire à Viry-Chatillon.
koltchak91120,
RépondreSupprimerJe sais que j'ai une réputation de demeurée mentale mais en l'occurrence c'était de manière tout à fait consciente que j'ai parlé des églises africaines qui envoyaient leurs prêtres dans les paroisses françaises.
Si vous le prenez ainsi c'est que j'ai certainement été maladroit. Mon but ne consistait pas à vous blesser. Si tel a été le cas, je vous prie alors de bien vouloir accepter mes excuses. Que voulez-vous, j'ai toujours eu du mal à saisir, à l'écrit, l'ironie. Ce qui, pour le coup, me place certainement en tête de la liste des demeurés mentaux.
RépondreSupprimerkoltchak91120,
RépondreSupprimerBienvenue au club !
Non, je rigole !
C'est moi qui vous dois des excuses. J'étais encore sous le coup d'une moquerie concernant mes commentaires sur les textes de PPR, qui ne cassent pas trois pattes à un canard, il est vrai, mais qui ont au moins l'avantage d'exister.